Contrairement à l’idée communément répandue, la torture n’est pas une pratique qui «fait parler»; tout au contraire, la torture fait taire le supplicié et sa communauté d’appartenance. Les traitements inhumains et dégradants visent à détruire toute possibilité d’opposition. Au-delà du corps qui est pris comme cible, c’est l’être qui est visé, son intimité, sa capacité de penser, son psychisme, ses liens sociaux et sa possibilité de tenir une place dans la communauté et dans sa famille. La violence politique réduit toute expression de différence et atteint tout élan de solidarité. L’usage de la torture, c’est l’usage de la terreur.
Vouloir soigner et accompagner au mieux les personnes ayant traversé de telles épreuves, c’est reconnaître qu’il faut mettre en place un dispositif pouvant accueillir et contenir des souffrances multiples et complexes, que les services de soins du droit commun ont des difficultés à offrir. Les personnes que nous accueillons ne souffrent pas d’une maladie, mais des séquelles produites par une violence qui visait, délibérément, à leur anéantissement. En dédiant notre centre aux personnes victimes de la torture, nous leur reconnaissons ce statut de victime : une première étape nécessaire pour aborder leur avenir, une autre vie avec la torture, une nouvelle vie après la torture.
A partir de l’expérience acquise au centre de soins les membres de l’équipe ont également pour mission de témoigner de la réalité de la torture et des violations des droits de l’homme, d’autant plus que les victimes elles-mêmes ont de grandes difficultés à exprimer leurs souffrances En collaborant avec d’autres organisations non gouvernementales, en travaillant en réseau avec d’autres centres de soins, ou de façon parfois individuelle, l’association s’évertue à sensibiliser, à informer, tant les citoyens que les pouvoirs publics, afin de contribuer au recul de l’usage de la torture.
Pour ceux qui pensaient que le problème de la torture était un problème du passé, on constate malheureusement le contraire une survivance de ce phénomène à travers de nombreux pays.
Ces dernières années sont particulièrement consternante. A peine la torture semble en recul dans certains pays ,elle réapparaît sous des formes parfois nouvelles mais C’est parfois dans les pays les plus «avancés» que l’interdiction totale et définitive est bafouée à cause des exactions de ses forces en Irak, en Afghanistan Comble de l’hypocrisie, pour ne pas être sous le coup de ses propres lois, on fait pratiquer la torture par les autres, on banalise des actes humiliants ou dégradants sur des hommes dont le vague statut de prisonnier ne reposent que sur quelques soupçons. Que ce soient des pays fondateurs de la section des droits de l’Homme qui, au nom de « la lutte anti-terrorisme », tolèrent ces pratiques ou s’y livrent eux-mêmes est bien le plus pervers.